Monographie Communale de 1887


Commune d’Arcizans-Avant

I
La commune d’Arcizans-Avant est une des 23 communes du canton d’Argelès, département des Hautes-Pyrénées. Elle est située sur le versant de la petite chaîne occidentale de montagnes et de collines qui limite la vallée d’Argelès et la sépare de celle d’Aucun. Son élévation au dessus de la plaine d’Argelès est environ de 200 mètres.
On y jouit d’un coup d’œil magnifique qui embrasse la vallée d’Argelès dans presque toute sa longueur, et tout le versant opposé de la petite chaîne qui limite la vallée à l’est, versant connu sous le nom de Davantaigue, qui, je crois, comprend une des régions les plus fertiles et les plus pittoresques du canton.
La commune d’Arcizans-Avant a pour bornes :
Au nord, la commune d’Argelès dont elle est séparée par le Gave d’Azun, et la commune de Lau-Balagnas;
Au sud, la commune de Cauterets, dont elle est séparée par un massif où se trouvent les pics d’Arraillé et de Cabaliros, et un petit lac, connu sous le nom d’Anapéou;
A l’est, les communes de Lau-Balagnas, de St-Savin et de Cauterets;
A l’ouest, la commune d’Arras, dont elle est séparée sur la plus grande partie par le Gave d’Azun.

Le territoire de la commune d’Arcizans-Avant a une étendue de 1504 ha 93 a 88 ca. Cette étendue se décompose ainsi que l’indique le tableau suivant :

Propriétés non bâties non imposables

Série
Propriétés
Superficie
Revenu
1ère
Terres labourables et autres propriées homogènes
25 ha 24 a 74 ca
2615.74
2ème
Prairies
273 ha 99 a 09 ca
5870.67
3ème
Terrains plantés
11 ha 13 a 48 ca
439.69
4ème
Bois
    36 ha 94 a
88.58
5ème
Canaux et autres pièces d'eau
"
"
6ème
Landes et autres propriétés homogènes
1083 ha 78 a 27 ca
241.22
"
et des cours
3 ha 90 a 62 ca
195.32
Total
Propriétés non bâties et superficie de celles imposables
1494 ha 97 a 20 ca
9451.22


Objets non imposables

Propriétés
Superficie
Revenu
Grandes routes, chemins vicinaux, rues, places, cimetière,
superficie des bâtiments d'utilité publique
5 ha 92 a 88 ca
"
Rivières, lacs, ruisseaux
4 ha 23 a 80 ca
"
Coteaux
1504 ha 93 a 88 ca
9451.22




Propriétés bâties imposables

Propriétés
Superficie
Revenu
Maisons, boutiques, magasins et autres bâtiments consacrés à l'habitation,
au commerce et à l'industrie
64 ca
278.00
Moulins à eau
7 ca
25.00
Revenu total du territoire
"
9754.22




Distances

Distance de la commune au chef-lieu de canton
3 kilomètres
Distance de la commune au chef-lieu d'arrondissement
id
Distance de la commune au chef-lieu du département
35 kilomètres


Le territoire de la commune est très accidenté. Le village est bâti sur une colline du haut de laquelle la vue embrasse une grande partie de la vallée d’Argelès et la presque totalité de celle d’Aucun.
Au midi se trouve une montagne assez élevée, dite montagne de Gézic. Non loin de cette cime s’élève le pic de Cabaliros, où beaucoup d’étrangers viennent de Cauterets jouir du magnifique point de vue qu’offre cette position. Au nord s’élève une colline du haut de laquelle on voit Argelès et toute la partie inférieure de la vallée.
Les roches sont de nature schisteuse.

La nature du terrain est généralement bonne. On y récolte assez abondamment le maïs, la pomme de terre, les légumes. Mais la production des céréales est insuffisante pour les besoins de la population locale.
Les prairies naturelles sont très nombreuses et les montagnes présentent des pâturages excellents et assez étendus.
Leur production permet de nourrir une assez grande quantité d’animaux; qui constituent la principale ressource de la généralité des habitants.
Le territoire de la commune est borné à l’ouest et au nord par le Gave d’Azun, affluent du Gave de Pau dont j’estime le débit à un cinquième de mètre cube par seconde. La fonte des neiges et les pluies occasionnent quelquefois des crues considérables dont, heureusement peu de propriétaires riverains ont, je crois, peu à souffrir, grâce à la profondeur du lit de la rivière. Ce cours d’eau ne paraît pas facilement guéable, vu les gouffres occasionnés par les blocs de granit qui se trouvent dans son lit.
Il n’y a pas de lac important. Celui que j’ai cité en parlant des bornes de la commune n’a qu’une très faible étendue. Les eaux potables peuvent être fournies par la plupart des sources qui sont assez nombreuses sur le territoire de la commune.
La majeure quantité d’eau potable est fournie par deux fontaines publiques alimentées par une source située sur une des montagnes avoisinantes, la montagne de Gézic.
L’élévation de la commune au-dessus du niveau de la mer est de 680 mètres.
Malgré cette altitude, le climat est doux et beau, l’atmosphère calme, la température douce. L’air y est pur et salubre. Il n’y a à Arcizans-Avant ni grands vents ni fortes pluies.


II
La population de la commune d’Arcizans-Avant, d’après le recensement de 1886, est de 388 habitants. Ce chiffre tend à s’accroître. Depuis le dernier recensement, en effet, ce chiffre a augmenté et dépasse aujourd’hui 400 habitants. Cela vient de ce que plusieurs familles sont venues tout récemment se fixer dans la commune, soit comme fermières, soit comme locataires.

La commune est divisée ainsi qu’il suit :

Chef-lieu ou hameaux
Habitants
Ménages
Chef-lieu de la commune
320
64
Azas
14
2
Distos
9
1
Lacarret
14
2
Bimarros
7
2
Ségalas
7
1
Couret
10
2
Borderon
7
1
Totaux
388
75

La commune, ayant une population inférieure à 501 habitants, ne compte que 10 membres dans son Conseil municipal.

Conseil municipal
Dans l’ordre des suffrages obtenus
Elus du 4 mai 1884

MM Pahu Michel-Rémi, maire
Coutûre Jean-Marie
Biès Thomas, adjoint
Prat Hippolyte
Bourdette Joseph
Bies Dominique Vignelongue
St Martin Pascal
Mengelle Jean-Marie
Jeansoulé Jean-Marie
Vergez Bernard


La religion professée est la religion catholique. Le service y est fait par un prêtre desservant.
Pour les finances, la commune dépend de la perception de Nestalas, dont le percepteur réside à Argelès.
Pour les postes et télégraphes, elle est desservie par le bureau d’Argelès.
La valeur du centime est 13f 61.

La commune n’a pas de forts revenus. Son revenu principal provient des taxes payées par les propriétaires qui jouissent des pacages communaux.
Ce revenu figure au budget sous la dénomination de taxes de pâturage ou rôles de bacades, et est, pour l’exercice 1886, de 1522f 80.
Les autres revenus, non compris le montant des centimes affectés à l’instruction primaire et aux chemins vicinaux, et la subvention pour l’instruction primaire, varient de 180 et 200 francs, et proviennent d’attributions sur les patentes, sur l’impôt des voitures et sur amendes diverses, de taxes sur les chiens, etc.

III
Les productions sont de deux sortes, ou végétales ou animales.
1° Productions de l’ordre végétal. En première ligne se placent les céréales, principalement cultivées pour la nourriture de l’homme, et aussi pour celle des animaux. La commune d’Arcizans-Avant ne peut le y consacrer qu’une fraction trop restreinte de son territoire : Aussi ne produit-elle que 200 hectolitres de froment. En ajoutant le seigle; le méteil (mélange de froment et de seigle), l’orge, le sarrasin et le millet, on arrive à un total de 640 hectolitres pour la production totale des céréales dans la commune, qui consacre à cette culture environ 40 hectares; ce n’est que 16 hectolitres en moyenne de récoltés par hectare, à peu près la moyenne de la France pour les mêmes cultures. S’il y a un déficit pour les céréales précédentes, le maïs donne une récolte ordinairement bonne, excédant quelquefois la consommation. 34 hectares sont consacrés à cette culture, dont le rendement, année moyenne, est de 800 hectolitres. La pomme de terre, dont le rendement est aussi assez considérable, est cultivée sur une étendue de 5 hectares environ. Le produit moyen total est de 225 hectolitres.
On cultive encore en plein champ le haricot blanc, qu’on plante souvent à coté des tiges de maïs qui servent d’appui. Le rendement moyen annuel est de 100 hectolitres.
Les légumes sont aussi une des principales productions végétales.
Presque toutes les maisons ont leur jardin où l’on trouve choux, raves, navets, carottes, haricots, pois, fèves, etc. On récolte annuellement 15 hectolitres de fèves et environ 50 hectolitres de raves.
Les plantes industrielles y sont peu importantes, à part le lin cependant, qui occupe annuellement 2 hectares, et produit 7 quintaux métriques de filasse.
Le seul système de culture en usage est l’assolement alterne biennal : 1ère année, maïs; 2ème année, froment, seigle, etc.
Les plantes fourragères diffèrent avec la nature des prairies. Celles des prairies artificielles, dont la superficie est insignifiante, sont le trèfle ordinaire, le trèfle incarnat et le sainfoin. Les prairies naturelles, composées de plantes très diverses, n’ont pas moins de 2, 3 hectares d’étendue; elles fournissent par année en foin en regain environ 4000 quintaux métriques.
Les arbres à fruits y sont nombreux.
Le châtaignier y est commun. Les châtaigneraies occupent environ 3 hectares de terrain et produisent annuellement 70 hectolitres environ de châtaignes.
Viennent ensuite: le noyer, dont la plus grande partie des fruits sert à faire de l’huile; le cerisier, le poirier, le pommier.
Parmi les fruits les plus renommés est la pomme rainette.
Parmi les arbres d’essence forestière, on trouve surtout le chêne, le frêne, l’aulne, le bouleau.
Les bois occupent une surface de 36 hectares environ.
Il n’y a pas de forêt.
2° Productions de l’ordre animal. La principale ressource de la généralité des habitants est dans l’élève du bétail.
Les bêtes à cornes dépassent 300 têtes. La plupart de ces animaux appartiennent à la race dite race de Lourdes, très renommée comme excellente laitière.
La race chevaline ne compte pas un grand nombre d’animaux.
D’après le dernier recensement, ce nombre n’est que de 18, dont 2 poulains, 1 cheval hongre, 14 juments et 1 mule – Anes, 30.
Les bêtes à laine (environ 1400 têtes) y composent des troupeaux assez considérables. Le nombre de chèvres est de 20 environ.
Un autre animal est très répandu dans la commune : c’est le porc. On n’en compte pas moins de 200 têtes.
La commune élève aussi quantité de volailles et quelques ruches.
Une partie des bois est soumise au régime forestier.
La commune ne renferme aucune mine, ni aucune carrière.
Il n’y a pas non plus de grand établissement industriel. Quelques petites industries fonctionnent dans de petits ateliers : le tissage de lin et de laine, la fabrication des meubles, etc.
La commune possède 2 chemins vicinaux : celui de grande communication de Pierrefitte-Nestalas à la route thermale d’Argelès aux Eaux-Bonnes, dont la construction remonte à 1840; le chemin vicinal ordinaire d’Arcizans-Avant à Argelès, qui existe de temps immémorial.
La gare la plus voisine est celle d’Argelès.
La commune livre au commerce ses bestiaux, ses laines, ses laitages. Les transactions ont lieu surtout aux marchés et aux foires de Lourdes et d’Argelès.

La seule mesure locale encore en usage est le boisseau, à faces carrées et à faces rectangulaires, dont on se sert pour les grains et les matières sèches. Il équivaut à 10 litres.

IV
L’étymologie du nom de la commune est inconnue. Le mot Avant qui accompagne ce nom sert à la distinguer d’une commune du canton d’Aucun qui porte le même nom, qui se trouve beaucoup plus en amont dans la vallée d’Azun, et qui pour cette raison est désignée sous le nom d’Arcizans-Dessus. La commune d’Arcizans-Avant se trouve à l’entrée de la vallée d’Azun, plus avant du côté d’Argelès, ce qui justifie le nom.

L’idiome employé par les habitants d’Arcizans-Avant est très imagé, vif, hyperbolique, expressif. Cet idiome est assez riche, abondant, propre à exprimer toutes les sensations, tous les besoins. Il est d’une grande netteté et se prête à toutes les finesses, comme à toutes les exagérations du langage.
Les habitants de la commune d’Arcizans-Avant sont très sociables et très sensibles; ils ont des sentiments nobles et élevés, ils sont actifs, vaillants, et possèdent au plus haut degré les vertus domestiques.
Tous les habitants professent le culte catholique.
Le costume, à peu de différence près, est celui qu’on trouve dans toutes les parties montagnardes du département et n’a rien d’original.
Les habitants font fabriquer ou fabriquent eux-mêmes la plupart de leurs vêtements de la toison de leurs moutons ou du lin qu’ils récoltent.
Leurs aliments sont presque exclusivement de nature végétale. Le maïs, assaisonné du lait des troupeaux, entre pour une large part dans l’alimentation de la généralité des habitants.

La commune n’a aucun monument d’architecture. On y voit seulement sur la colline du Castel (château), les ruines d’un château dont on ignore l’origine. Il est aujourd’hui, avec le terrain environnant, la propriété de Mr Pahu, maire de la commune. Un vieillard octogénaire de cette famille que j’ai consulté, m’a affirmé avoir toujours vu ces ruines à peu près dans leur état actuel, et il n’a pas pu me renseigner sur la destination primitive de cette construction. Si elle remonte au 14e siècle, il serait possible, comme on me l’a dit dans la commune, qu’elle eût servi de point de communication entre les deux vallées d’Argelès et d’Aucun, car on y jouit d’un point de vue magnifique sur les deux vallées, et l’on voit aussi parfaitement les ruines d’un château plus considérable, celui de Beaucens, sur la rive droite du Gave de Pau, à quelque distance d’Argelès
.
Les archives communales ne renferment aucun document officiel destiné à établir l’histoire de la commune.

Enseignement
En feuilletant les registres des délibérations du Conseil municipal, j’ai trouvé qu’il n’est pas question d’entretien d’école avant 1829. Le 28 mars de cette année, M. Jourdan recteur de l’académie de Pau, délivra au nommé Vergez, natif d’Arcizans-Dessus, l’autorisation d’exercer les fonctions d’instituteur primaire dans la commune d’Arcizans-Avant. L’entretien de l’école figure depuis dans les diverses délibérations, ainsi que le traitement de l’instituteur, que, par délibérations de 1833, le Conseil municipal aurait voulu fixer au moins à 200 francs. Ce traitement est encore fixé au même chiffre dans une délibération de 1838, et depuis il n’en est plus question que jusqu’en 1863, fixé alors à 700 francs.

C’est à peu près à cette époque que remonte la fondation de l’école des filles, qui ne se trouve installée que depuis 1875 dans un bâtiment appartenant à la commune. Les bâtiments affectés actuellement à l’école des garçons et au logement de l’instituteur ont été acquis par la commune en 1864. Ni l’école des garçons ni l’école des filles ne laissent rien à désirer sous le rapport de l’installation matérielle. Elles sont bien aérées, bien éclairées, assez vastes. Placées l’une et l’autre dans le quartier le plus agréable et le plus chaud de la commune, elles présentent sous le rapport hygiénique, toutes les garanties désirables. Les dépendances des maisons d’école se prêtent admirablement pour les sorties et les récréations. L’installation des écoles étant satisfaisante, il n’y a pas d’amélioration urgente à réaliser, sauf l’augmentation annuelle du fonds de la bibliothèque scolaire.

La fréquentation laisse à désirer, surtout pendant la belle saison, les enfants étant occupés à la culture de la terre ou à la garde des bestiaux.
L’instruction est cependant assez avancée pour que la commune mérite sous ce rapport un rang assez honorable. Aucun des quatre conscrits de la dernière année n’est illettré, tous les quatre savent signer leurs noms. En remontant aux classes antérieures, je trouve même, d’après les tableaux de recensement, qu’aucun jeune homme des dix dernières classes n’est porté comme complètement illettré. Tous les dix conjoints de la dernière année ont su aussi signer leurs noms.

La commune a l’avantage d’être dotée d’une bibliothèque scolaire dont la fondation remonte au 5 mai 1882. Le nombre des volumes est de 78, et celui des prêts a été en 1886, de 31. La caisse des écoles est dotée d’une subvention votée annuellement par le Conseil municipal. Cette subvention est de 15 francs pour l’année courante, et compose actuellement les seules ressources de la caisse. Il n’y a pas de caisse d’épargne scolaire.

Le traitement de l’instituteur est de 1300 francs, et celui de l’institutrice, de 850 francs. La commune ne paye pas de loyer.
Pour réaliser l’amélioration citée plus haut pour l’augmentation du fonds de la bibliothèque, il faudrait que le Conseil municipal votât chaque année un crédit, ne serait-ce que 10 francs, ce qui ne grèverait pas trop son budget.

A Arcizans-Avant, le 12 avril 1887
A. Sempé, instituteur

Monographie transcrite (en respectant la graphie de l’instituteur) par Roger ROUCOLLE, d'après une photocopie de Janine PLANA, responsable de la Section Généalogie de la Société d’Etudes des Sept Vallées (qu’elle en soit ici remerciée).Toutefois pour une meilleure lisibilité à l'écran, certains éléments ont été présentés sous forme de tableaux.
Cette monographie comportait plusieurs plans (école, cadastre) qui ne seront pas reproduits sur le présent site, compte tenu de l’importante documentation sur la commune. Parue dans le bulletin n°6 de la Section Généalogie de l'Amicale des Bigourdans de Paris, elle fait partie des 400 monographies rédigées par les instituteurs, à la demande de leur ministre de tutelle, en 1887.




Monographies communales des Hautes-Pyrénées en ligne :

AGP-AGM (Antenne Généalogique de l'Association Guillaume Mauran
Pour connaître les monographies en ligne, cliquez sur le logo de l'AGP-AGM

Bibliographie :
Claude ARRIEU, LA BAROUSSE de mains de Maîtres, Pyregraph, 288 pages, une vallée au coeur des Pyrénées racontée par ses instituteurs (1887).
Vingt-six monographies intégrales des villages et anotées par Claude ARRIEU.


Arcizans-Avant




Pour plus de renseignements sur Arcizans-Avant
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